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Saturday 8 November 2008

Entrevue au sujet de Herqueville pour DOC en courts

Pierre Hébert, comment avez-vous découvert Herqueville?

La première fois que j’ai entendu parler d’Herqueville, c’est à Bruxelles chez mes amis Michelle Corbisier et Serge Meurant lorsqu’ils m’ont montré les poèmes et les gravures qui avaient été inspirés de photographies prises par Serge au cours d’un voyage de vacances à Herqueville. Ces travaux m’ont vivement intéressé car je songeais alors à une série de films sur des lieux et des paysages à travers le monde avec comme objectif de saisir «l’esprit des lieux» à l’aide d’un mélange d’images réelles et d’animation. Avec l’esprit d’autodérision qui le caractérise, Serge m’a également mentionné que le littoral qu’il avait photographié et qui les avaient inspiré était situé en contrebas d’une usine nucléaire. L’idée qu’un événement poétique avait pris naissance dans un lieu aussi marqué a d’autant avivé mon intérêt. Mais les choses en sont restées là. Une bonne année et demi plus tard, je devais me rendre en Normandie pour assister à un colloque sur Walter Benjamin au Château Cerizy-Lasalle et j’ai décidé de faire un détour par La Hague pour voir Herqueville. J’ai été renversé non seulement par la présence inquiétante de l’usine, qui avait surgi immense dans un virage de la route, et par le caractère farouche et monumental du littoral, mais surtout par la proximité des éléments qui donnaient son caractère troublant à ce paysage. J’avais une caméra mini-DV avec moi et j’ai fait deux ou trois heures de tournage qui allaient me permettre de mettre en scène les poèmes et les gravures de mes amis.

Comment s'est organisée la rencontre avec Michelle Corbisier, Serge Meurant et Fred Frith?

Là aussi ce fut une histoire d’amitié et de circonstances. Avant même de voir les travaux de Serge et Michelle, j’avais fait à San Francisco une performance d’animation en direct avec Fred, qui n’avait rien à voir avec Herqueville. J’étais revenu chez moi avec un enregistrement de la musique qu’il avait improvisé et que j’aimais beaucoup. Avant de commencer le film comme tel, j’ai pensé faire quelques performances d’exploration sur Herqueville dans quelques lieux alternatifs de Montréal et j’ai demandé à Fred l’autorisation d’utiliser cette musique comme soutien sonore pour ces présentations publiques. Le mélange de mouvements contemplatifs et d’impacts dramatiques qui la caractérisait, me semblait particulièrement convenir. À partir de ce moment, il n’a jamais été question d’une autre musique.

Quelles ont été les différentes phases de travail (découpage dans le temps)?

Les choses ne se sont pas du tout passé comme je m’y attendais. Je croyais que j’allais commencer par faire des essais d’interaction entre mes animations et les gravures de Michelle. Mais pour des raisons pratiques, j’ai dû commencer par la musique. La bande que je voulais utiliser était beaucoup trop longue (cinquante minutes) et contenait pas mal de scories, c’est-à-dire des bruits du public, toussotements, arrivée de retardataires, etc.. Il y avait donc un remontage assez délicat à faire pour réduire la durée totale et enlever les bruits parasites sans détruire la texture cyclique de la construction musicale. Les contraintes étaient telles qu’il fallait commencer par là. Et c’est par ce travail sur la musique que la structure formelle du film est apparue. J’ai ensuite entrepris de placer grossièrement dans un ordre approximatif les différentes composantes du film (tournage réel, photographies gravures et poèmes) dans le but de vérifier si la structure musicale convenait, en reportant le travail d’animation à une étape ultérieure. Mais finalement, ce qui devait n’être qu’une tentative exploratoire s’est transformée en un véritable travail de montage et je me suis laissé entraîner à des opérations de composition des gravures avec le tournage réel beaucoup plus élaborées que ce que j’avais d’abord envisagé…et toujours pas d’animation. L’été 2006 y a passé. Au bout de ce travail, je ne savais plus du tout s’il était nécessaire d’ajouter de l’animation. J’ai été paralysé par l’indécision pendant plus de 6 mois pensant que, peut-être, le film était terminé. Pourtant un des objectifs du film était que j’entre en conversation avec les gravures, les poèmes et la musique et, me semblait-il, ce n’est qu’en y mettant ma main que je pouvais y arriver. J’ai finalement décidé de quant même essayer un petit segment pour voir si l’animation pouvait trouver sa place et sa nécessité. Et c'est comme ça que j'ai commencé à intervenir avec du minime et du «presque rien» dans les interstices et les transitions du flot d’images qui était déjà en place. L’idée était de faire affleurer à la visibilité les puissances cachées au sein de ce paysage. Mais, il a fallu faire le travail au complet, jusqu’au dernière seconde du film, pendant tout l’été 2007, avant d’être sûr que la couche d’interventions animées trouvait son mouvement et son sens propre et entrait vraiment en résonance avec les autres éléments.

Pour plus de détails au sujet d'Herqueville, consultez le Blog

Saturday 1 November 2008

Documentaire

Hier après midi, j'ai participé à une rencontre pour la préparation d'un atelier sur le thème animation et documentaire qui se tiendra le 14 novembre dans le cadre des Rencontres internationalles du documentaire de Montréal (RIDM). Il y avait là André Paquet du RIDM, Marcel Jean qui animera l'atelier, Lucie Lambert, Serge Giguère, Martine Chartrand et moi-même. La rencontre a été amicale et fort intéressante. Les discussions que nous avons eus m'ont beaucoup aidé à terminer un texte sur lequel je peinais depuis longtemps pour présenter le projet d'atelier (5 jours celui-là) que je vais donner à l'Atelier Graphoui à la fin du mois de janvier prochain. On ne me demandait pas grand chose, mais je me compliquais la vie et je m'étais embarqué dans quelque chose de trop ambitieux pour les circonstances. Bref le texte est terminé et envoyé. (Lisez le texte)

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Workshop animation et documentaire

Proposition d’un workshop sur le thème animation et documentaire présenté à l’Atelier Graphoui, à être tenu du

Il faut d’abord noter que je ne suis pas un «professeur d’animation». L’atelier ne se présentera donc pas sous la forme d’un court magistral. Il s’agira plutôt d’une formule du genre «classe de maître», c’est-à-dire que l’ensemble sera basé sur mon expérience personnelle de création et sur les efforts de réflexion qui l’ont accompagnée. C’est donc à travers un contact le plus profond et le plus personnel possible avec une expérience spécifique de création, où j’ai sans cesse cherché à mettre l’animation à l’épreuve du réel, que les participants seront amenés à extraire les éléments qui peuvent leur être utile pour définir leur propre vision. Mon intention n’est donc pas de présenter mon expérience comme la seule approche possible. L’atelier comprendra deux grands volets, un volet théorique et un volet pratique.

Volet théorique :



Au premier abord, le thème animation et documentaire ne va pas de soi. Dans l’esprit de la plupart des gens, le terme cinéma d’animation est plutôt associé à ceux de fantaisie et de fantasmagorie du fait qu’il présente des univers inventés qui ne sont pas fondés sur un lien photographique avec les apparences visibles. C’est là une donnée technique incontournable. La réflexion au sujet des rapports possibles entre l’animation et le réel (qui devrait être au cœur de toute élaboration d’une conception documentaire de l’animation) est totalement contaminée par cette question de l’opposition entre cinéma image par image et cinéma de prise de vues réelles et par l’idée reçue que le tournage réel est naturellement plus apte à saisir la vérité du réel. Cette idée peut-être critiquée sur deux plans différents. D’une part, on peut douter que la vérité du réel soit toujours de l’ordre du visible donc directement captable par une caméra, et d’autre part, on peut constater ,que depuis une bonne dizaine d’années, le développement des technologies numériques de l’image a fortement entamé la crédibilité inhérente de la captation photographique du réel qu’elle soit fixe ou en mouvement, ce qui amène certains (comme Lev Manovitch) à affirmer que désormais le tournage réel n’est qu’un cas particulier de l’animation. Le lien photographique n’est plus la preuve de rien. J’en conclus que si on veut aller au-delà des exemples les plus évidents du lien entre l’animation et le documentaire (du genre intégration de segments animés à caractère plus ou moins didactique dans des films documentaires classiques), il faut en passer par une critique du documentaire au sens convenu du terme et méditer l’affirmation du grand documentariste Néerlandais Johan Van der Keuken :«Je ne documente rien !»

L’ensemble de mon travail s’est toujours situé, sur des modes variables, à l’intersection de ces deux axes animation/images de prise de vues réelles et animation/réalité. À cela s’ajoute, plus en profondeur, un troisième axe qui a à voir avec ce dont l’animation prise en elle-même est la réalité. En écrivant cela, je pense d’abord au lien problématique entre l’image synthétique mouvante sur l’écran, l’acte d’animer et le corps de l’animateur. Donc l’animation comme subjectivité radicale. Je pense aussi aux liens tout aussi problématiques que l’image par image entretient avec l’histoire du cinéma, d’une part, comme mémoire permanente de son origine et, d’autre part, comme révélateur des enjeux de sa dissolution dans le nouvel univers audio-visuel numérique. Donc l’animation comme historicité radicale du cinéma.

Ces notions ne seront pas présentées de façon abstraite. C’est à travers l’analyse d’un certain nombre de mes films qu’on verra comment, dans chaque cas, se sont joués concrètement les rapports entre ces trois axes. En ajoutant des commentaires sur un certain nombre d’autres films, le but sera de dresser une cartographie, non exhaustive bien sûr, de différentes approches possibles. Le tableau envisagé sera donc assez large et débordera ce qu’il est convenu d’appeler «documentaire», tout en gardant «le documentaire au sens usuel du terme» comme référence prédominante. C’est ma conviction que seule une telle largeur de vue peut permettre de bien comprendre comment l’animation peut relever un pari documentaire. Ce fut du moins ma perspective de travail et ce que je peux transmettre.

Volet pratique

Il s’agira, en tenant compte des limites de temps imposées par la durée globale du workshop, d’un petit exercice collectif centré sur le rapport entre l’animation et des images de prise de vues réelles. Chacun interviendra brièvement sur un même segment d’images réelles avec des traits qui ou bien soulignent certains aspects de ces images, influant ainsi sur la perception qu’on en a, ou encore, qui ajoutent quelque chose à l’image réelle, révélant des aspects invisibles de ces images. Il en résultera un court film composé des interventions de tous les participants. L’exercice est conçu de sorte à ce que n’importe qui puisse s’y intégrer, quel que soit son degré d’habileté en dessin ou son degré de connaissance préalable de l’animation. Compte tenu de la durée du workshop, le but de l’exercice n’est pas d’apprendre à animer. Ce sera l’exploration d’une virtualité de l’animation.