Mercredi après-midi, après deux jours d’incertitude lié à la non-conformité des DVD’s, qui s’est finalement levée in extremis, l’installation à douze écrans juxtaposés sur trois murs (en douze langues : anglais, français, italien, néerlandais, yiddish, portugais, lakota, paiute, romanesco, romagnolo, ojibway et innu) était bien en place. Ce fut un moment d’émotion intense lorsque tout ça a roulé la première fois sans accroc dans la pénombre de la grande salle Norman McLaren (plus ou moins 10 x 30 mètres) avec la musique de Stefan. J’y croyais à peine. Le montage était parfait et l’impression complètement hypnotique. Jusqu’à ce moment, ça n’avait été qu’une vision de l’esprit, une hypothèse, que j’étais dans l’impossibilité de vérifier. Et voilà, ça existait tout à coup, après quatre journées de travail de montage, avec plus de force que ce que j’avais espéré.

Vendredi soir, la double performance. L’après-midi s’est passée dans un certain état de stress pour cause de plusieurs problèmes techniques. D’abord, je me suis vite rendu compte que j’avais oublié le bloc d’alimentation de la caméra analogique qui devait capter l’image de Karl pour l’injecter dans le mixeur vidéo. Heureusement Sylvie était encore à la maison et pouvait l’apporter dans le courant de l’après-midi. Ensuite, beaucoup plus grave, je constate que le convertisseur VGA-S-vidéo ne marchait pas. L’absence de cet élément essentiel (les nouveaux MacBook Pro n’ont plus de sortie Composite/S-vidéo) qui est introuvable au pied levé (deux à trois semaines de livraison), allait invalider tout le dispositif de la performance. Heureusement, Sylvie n’était pas encore partie et elle pouvait m’amener mon vieux MacBook que, par chance, je n’ai pas encore revendu. À la fin de l’après-midi, tout fonctionnait mais je n’avais tout de même pas pu faire tous les tests concernant l’utilisation simultanée d’une caméra analogique branchée dans le mixeur et d’une caméra numérique branchée dans l’ordi et captant à deux images par seconde. Je sens qu’il y a là quelque chose de puissant mais je ne suis pas encore arrivé à bien le maîtriser. À Perugia, je comptais utiliser un tel système mais j’ai dû abandonner parce qu’il y avait déjà trop de complexité dans le dispositif. De nouveau, vendredi, je n’arrivais pas à utiliser cette ressource avec aisance et à sa pleine capacité. Bref, mes problèmes techniques ont tous été aplanis, mais la performance a souffert du manque de temps pour expérimenter. Le pire était à venir. Plus ou moins cinq minutes après le début de la performance, le système de son de la Cinémathèque a lâché. Roger s’est trouvé complètement paralysé et Alexandre devait continuer seul avec des ressources diminuées de moitié. Il en est résulté une désorientation générale et la suite a été de l’ordre du sauve qui peut. Nous sommes passés à travers assez bien finalement bien que ça ait été particulièrement frustrant pour Roger de ne pas pouvoir jouer du tout. Une partie du public ne s’est même pas rendue compte que quelque chose n’allait pas.

Quant à «Muku mititshi…» (Seule la main… en innu) que je faisais en solo en première partie, la performance fut très fluide pratiquement sans accroc. J’étais content et ce fut très apprécié. Par contre, une des conséquences du bris du système de son fut que la diffusion de l’installation allait en être affectée. Heureusement, dès dimanche, deux nouveaux haut-parleurs étaient installés de sorte que la musique de Stefan ne soit plus amputée de toutes les basses fréquences.

Samedi, le lancement du coffret des œuvres intégrales de Jacques Drouin sur écran d’épingles, fut un moment très réjouissant. La célébration du travail de Jacques d’abord, et aussi l’occasion de croiser de nombreux anciens camarades de travail que je vois rarement. À noter le documentaire passionnant qui accompagne le coffret.

Dimanche, j’ai vu le programme Eleven in motion, projet piloté par le Toronto Animated Images Society (TAIS). Il s’agit de onze courts films abstraits consacrés aux peintres du groupe des Onze (je ne connaissais pas l’existence de ce groupe) réalisés par onze cinéastes qui avaient déjà des films abstraits à leur actif. Le programme était présenté par Maddi Piller de TAIS. Ce fut une projection passionnante et inspirante. C’était une drôle de coïncidence, car lorsque j’ai fait la deuxième présentation de «Seule la main…» à Toronto (en fait la première présentation en français), ce fut sur l’invitation de TAIS. Ce groupe a donc joué un rôle peut-ëtre décisif dans la genèse de «Seule la main…». En 2007, je n’avais pas rencontré Maddi. Elle et Tara Schorr étaient à la performance de vendredi et avaient vu l’installation. Nous avons longuement conversé après la projection. Rencontre importante, je crois. Les initiatives que ces gens prennent sot toutes intéressantes. J’ai ensuite assisté à la présentation de Claude Cloutier, mais à cause de confusions quant à l’heure du début, je n’ai pas pu rester jusqu’à la fin. J’ai quand même pu revoir l’ensemble de ses films.